(Texte inspiré de la chanson Just for de Nickelback)La Bonne Idée
Je t'avais vue la première journée d'école de quatrième secondaire. Tu te souviens? Hum... Sans doute que non. Moi je ne pouvais pas m'empêcher de te regarder. On disait que tu étais une sacrée garce, que tu étais déjà en appartement avec ton copain et que tu fumais des trucs bizarres... On était des morveuses à l'époque. On dirait que ça fait longtemps, hein?
On ne se parlait pas, mais on s'est croisé souvent par après. On est allée au même lycée et on a été dans la même classe de philosophie. On a sympathisé et travaillé ensemble durant la session. Je ne te l'avais jamais avoué, mais alors j'avais une flamme secrète pour toi. Sauf que... de quoi j'aurais eu l'air? Je savais bien que tu étais avec quelqu'un, que c'était du sérieux, que ce quelqu'un était un gars et que donc t'étais fixée « là-dessus »... et puis te le dire t'aurais sûrement dégoûtée. Ouais, c'est ça que je pensais dans le temps. Tu étais si belle...
À un moment, ça ne répondait pas chez toi et tu m'avais pourtant dit que tu serais là en soirée. Il fallait qu'on regarde notre travail pour corriger tes fautes de français et bon... les miennes surtout. Je suis allée chez toi, bien que tu m'aies dit de venir qu'en dernier recours - tu ne voulais pas que je me déplace inutilement. Tu habitais dans un bloc du centre-ville. C'est ce soir-là que je l'ai enfin vu, ton beau « Ben ». Quand il a ouvert la porte, j'ai tout de suite vu que c'était un enfoiré. Il avait quoi, trente ans peut-être? Il était quasiment nu fesse, et non ce n'était pas beau à voir parce qu'il aurait pu se partir une compagnie de brosses à dents avec sa fourrure. En plus, il était dégoulinant de sueur. Je lui ai demandé si tu étais là et il m'a claqué la porte au nez. Je n'ai pas pu m'empêcher d'insister, je trouvais ça trop louche. Ton homme a fini par ouvrir, l'air hors de lui. J'arrivais au mauvais moment, on dirait. De loin dans l'appartement, je t'ai entendue me crier de laisser le travail à Ben et que tu étais malade comme un chien. Bon dieu que j'aurais dû lui foutre mon poing à ton gros Gino, à ce moment-là. Je suis repartie quand même.
On avait cours le lendemain en après-midi. Et là j'ai vu que tu avais de nouvelles couleurs sur le visage... les poignets... et le cou. Je n'ai rien dit. Je suis sortie in expresso pour aller à la salle de bain des filles. J'ai vociféré sur papier tout ce que ton « mec » m'inspirait. Je lui aurais crevé les yeux pour les avoir posé sur toi. Je lui aurais tranché les mains lentement, avec un couteau rouillé et mal aiguisé, pour avoir posé ses pattes sur ton corps... Combien de temps il t'avait cuisiné ce soir-là? Est-ce que c'était la première fois? Dans ma tête naissaient les scénarios les plus sanglants et les plus sadiques qu'aucune maison de production n'aurait accepté d'en faire un film. J'avais la rage au bout des doigts, les tripes en ébullition et la gorge qui suppliait de laisser s'échapper un interminable cri de furie. J'avais beau être une fille, mais depuis ce moment, j'avais l'impression d'avoir des gosses en acier. Tu as dû te demander pourquoi je ne revenais pas m'asseoir. Peut-être que tu avais des doutes, tu n'étais quand même pas sotte et tu avais dû te résoudre à aller à l'école en sachant que moi je verrais la souffrance dans tes prunelles. Mais est-ce que c'est juste à ce moment que tu t'es rendue compte de ce que j'éprouvais pour toi? Ou tu l'as su quand tu es retournée chez toi? Enfin...
Alors, comment il s'en tire comme ça? Est-ce qu'il est toujours aussi « beau »? Tu sais, tu n'avais pas besoin de te prendre la tête pour que je ne l'achève pas, je voulais qu'il vive après ça... Ah enfin, je vois ton joli sourire! On est sur la même longueur d'onde, c'est bien. Mais bon, il faut m'aider maintenant ma puce, il va se réveiller. Qu'est-ce tu veux en faire au juste... Oh excellent.